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Parti pirate

« Chaque fois que nous gagnons des voix -et nous gagnons des VOIX!-, nous commençons à changer le monde ». Friedrichshafen, mars 2011. Les partis pirates se réunissent et Rick Falkvinge, le père fondateur, galvanise les troupes. Jusque-là, ils n'ont récolté qu'un certain succès en Suède. Mais en quelques mois, les Pirates allemands engrangent leurs premières victoires électorales et signent leur percée médiatique. Portrait d'un mouvement par ses acteurs.

Suède. Un homme lance un site, le 1er janvier 2006 au soir. Il veut piquer des voix aux politiciens. Il en a marre qu'ils se fassent alpaguer par les lobbies du copyright. Rick Falkvinge raconte comment il a accouché du Parti Pirate et ses premiers pas dans l'arène politique.

Ce n'est une surprise pour personne : la réforme du copyright siège au coeur des priorités des Partis Pirates. Mais cela ne se justifie pas que par une soif de téléchargement inextinguible. Derrière l'envie de bouleverser la propriété intellectuelle se cache une réflexion sur la valeur d'une copie, la manière de financer la culture et l'origine même du copyright.

Quelle est l'idéologie politique d'un Pirate ? Majoritairement tournée vers la politique numérique, elle pioche dans les valeurs intrinsèques de la communauté hackers. Confronté au pouvoir, depuis son arrivée au parlement allemand, le Parti Pirate allemand se penche actuellement sur une mesure sociale ambitieuse : l'allocation universelle.

Ils les prenaient pour des givrés, des geeks, des affreux joueurs de jeux de rôle. Mais les cols blancs de la politique ont du s'y faire : désormais, ces pilleurs potentiels de voix foulent les mêmes travées parlementaires qu'eux, à l'Europe ou à Berlin. Les pirates, eux, se voient comme une bouffée d'air frais.

Les pirates sur la vague

Genèse d'un parti

Copy Not Right

Tout un programme

Petit forban deviendra grand ?

  1. Il n’y a pas de questions pour ce sujet. Les questions vous serviront dans les autres sujets à explorer les propos des personnages.
  1. Rick Falkvinge, d'où vous est venue l'idée folle de lancer un parti ?
  1. Qu'est-ce qui ne va pas avec le droit d'auteur ?
  2. Pourquoi vous lancez-vous à l'assaut de l'industrie du divertissement ?
  3. Certains états tentent de résoudre la question en punissant l'internaute « pirate »...
  4. Quelle solution à terme pour le droit d'auteur ?
  5. Peut-on s'affranchir du système de droit d'auteur ?
  1. Un pirate ça défend quoi ?
  2. Qu'entendez-vous par politique numérique et allez-vous au-delà ?
  3. En Allemagne, certains Pirates défendent l'idée d'allocation universelle, c'est quoi ?
  1. Il n’y a pas de questions pour ce sujet. Les questions vous serviront dans les autres sujets à explorer les propos des personnages.
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La démocratie liquide : une nouvelle manière de décider ?

Imaginez un système où le Parti Socialiste serait obligé d'intégrer dans son programme politique une motion proposée par un obscur militant d'Eghezée. Pourquoi ? Parce que cette proposition aurait obtenu, à travers un programme informatique, un nombre de voix conséquent de la part des autres militants. Impensable dans notre particratie démentielle ?
Pas tout à fait. En Allemagne, le Parti Pirate s'adonne à cet exercice tous les jours en testant la « démocratie liquide ». Le principe est un peu plus complexe que la démocratie directe, qui sous-entend un état de referendum individuel permanent. Dans la démocratie liquide, vous pouvez déléguer vos voix à quelqu'un d'autre pour tel ou tel sujet. Et cette personne pourra déléguer à son tour. Un exemple : vous n'y connaissez rien en économie, mais votre colocataire, oui. Vous lui confiez votre voix pour cette thématique, que vous pouvez reprendre à chaque instant.
Pour mettre en place ce concept, les Pirates allemands ont décidé d'utiliser le Liquid Feedback, un logiciel open source permettant le vote et la proposition de textes. Des idées ou projets de lois d'autres partis peuvent aussi être testés. L'initiative politique est, selon les Pirates, ramenée au niveau de la base, qui peut argumenter à son aise.
Les critiques de la démocratie liquide s'inquiètent principalement qu'elle installe un pouvoir d'experts, plus ou moins autoproclamés. D'autres hackers critiquent le champ d'action des pirates : en acceptant le principe du vote et de la représentativité (liquide ou non), ils valideraient le système démocratique dans son état actuel, alors qu'ils pourraient avoir un impact tout aussi important en agissant comme un groupe de pression.

La démocratie liquide :
une nouvelle manière de décider ?

Photo de Amelia Andersdotter
  • Nom :

    ANDERSDOTTER

  • Prénom :

    Amelia

  • Pays :

    Suède

  • Occupation :

    plus jeune députée européenne jamais plébiscitée, élue du Parti Pirate suédois, ancienne étudiante en mathématiques.

Elle est pour :
  • - les foires littéraires dédiées à la science-fiction

  • - la découverte de contrées obscures (type Albanie) sur Wikipedia

  • - faire des propositions qui permettent de déjouer ACTA

  • - apprendre les langues, même le roumain

  • - tester de nouvelles coupes de cheveux

Elle est contre :
  • - ACTA, bien sûr, ainsi que toutes les restrictions imposées sur la bande-passante

  • - être obligée de définir ce qu'est un geek ou un hacker

Photo de Rick Falkvinge
  • Nom :

    AUGUSTSSON

  • Prénom :

    Rick

  • Alias :

    Rick Falkvinge

  • Pays :

    Suède

  • Occupation :

    Chief Evangelist Officer au Parti Pirate (après l'avoir fondé). Dès son plus jeune âge, il affiche une volonté de se fondre dans le monde digital, crée sa première entreprise IT à 16 ans, part pour une autre compagnie, rachetée par après par Microsoft.

Il est pour :
  • - que les Pirates soient les « prochains Verts »

  • - une refonte totale du système de droit d'auteur

  • - inonder son blog de prises de position radicales sur la politique de l'information

  • - l'organisation en « essaim », sans leader et sans prescription hiérarchiques

Il est contre :
  • - la multiplication des intermédiaires sur le marché culturel (et en particulier les managers)

  • - la confusion entre la musique et l'industrie du disque les
    « lobbies du divertissement » et leurs « craintes de perdre leur monopole »

Liens :

http://falkvinge.net/

Photo de Martin Delius
  • Nom :

    DELIUS

  • Prénom :

    Martin

  • Pays :

    Allemagne

  • Occupation :

    Député au parlement de Berlin (Parti Pirate), physicien. S'est fait récemment remarquer pour une déclaration peu judicieuse où il comparait la rapidité de la montée du Parti Pirate à celle du NSDAP (parti nazi), entre 28-33. Une gaffe mémorable pour quelqu'un qui a lutté depuis des années contre l'extrême-droite. A fait amende honorable, tout en trahissant une certaine inexpérience des élus pirates.

Il est pour :
  • - les partis « spécialisés » autour d'un thème bien précis

  • - expérimenter, remuer, tortiller les méandres de la démocratie liquide

Il est contre :
  • - la réduction de la démocratie liquide à une démocratie d'experts car chacun garde le droit de retirer les voix qu'il a déléguées

Liens :

@martindelius / http://martindelius.de

Photo de Alexandr Mörlang
  • Nom :

    MÖRLANG

  • Prénom :

    Alexandr

  • Pays :

    Allemagne

  • Occupation :

    Député au parlement de Berlin (Parti Pirate), administrateur système.

Il est pour :
  • - développer des réseaux freifunk (Radio Libre) (Cf. concept Freifunk)

  • - les road trips en moto

  • - se qualifier de « cyberhippie postindustriel ».

Liens :

@alx42

Photo de Samir Allioui
  • Nom :

    ALLIOUI

  • Prénom :

    Samir

  • Pays :

    Pays-Bas

  • Occupation :

    Co-fondateur du Parti Pirate néerlandais, ancien co-président du Parti Pirate International (l'organisme qui chapeaute tous les partis nationaux).

Il est pour :
  • - déclarer sur Facebook qu'il est kopimiste (congrégation d'échangeurs de fichiers créée en Suède qui soutiennent que le partage d'octets est sacré)

Il est contre :
  • -fêter une élection sans boire une petite goutte de Captain Morgan, un rhum qui défroque.

Photo de Jurgen Rateau
  • Nom :

    RATEAU

  • Prénom :

    Jurgen

  • Pays :

    Belgique

  • Occupation :

    Ancien co-président du Parti Pirate belge.

Il est pour :
  • - la capacité des entités locales du Parti Pirate (les équipages) à s'organiser de manière autonome, sans dépendre d'autres branches du parti

Il est contre :
  • -le « bétonnement » par les élites de « ce nouvel espace » qu'est l'Internet pour asseoir leur domination sociale

Concepts

Libertés civiles
Libertés civiles

Les Pirates expliquent souvent que la mise en oeuvre contraignante du droit d'auteur sur Internet ne peut avoir qu'un effet négatif sur les libertés civiles des utilisateurs. Les libertés civiles, concept plutôt anglo-saxon mais dont on retrouve des équivalents très proches dans les autres constitutions, sont des droits et libertés, tels que le droit à la liberté d'expression, à la vie privée, le droit au mariage, à un procès équitable, le droit de vote. Pour les Pirates, si les autorités (que ce soit elles-mêmes ou les fournisseurs d'accès) doivent s'assurer, à l'ère numérique, que les utilisateurs ne détiennent ou ne téléchargent pas des données ou des produits sous droit d'auteur, il va falloir contrôler toutes les communications. Et donc laisser notre droit à la vie privée être grignoté et peut-être même y aller mollo avec notre liberté d'expression, de peur que nos opinions tombent entre de mauvaises mains.

Copyright et droit d'auteur
Copyright et droit d'auteur

Même si l'on peut penser que le Copyright et le droit d'auteur sont des concepts proches, il ne faut toutefois pas les confondre. On parlera plutôt de Copyright dans les pays anglo-saxons fonctionnant avec un droit jurisprudentiel (Common law) et de droit d'auteur dans des pays de droit civil comme la France ou la Belgique. Certaines différences philosophiques existent :

1. Le droit d'auteur est rattaché à une personne physique et refusé à une personne morale (éditeur ou producteur), tandis que le Copyright se rattache plutôt aux producteurs.

2. Le droit d'auteur est fortement lié à un droit moral de l'auteur sur une oeuvre de l'esprit, tandis que le copyright est lié à un droit pécuniaire sur la reproduction.

3. Le copyright sous-entend un dépôt de l'oeuvre, tandis que le droit d'auteur s'applique naturellement.

Toutefois, depuis la Convention de Berne en 1971, les deux notions tendent à s'harmoniser de plus en plus dans leur application.

Freifunk
freifunk

En allemand, radio libre (le terme signe sa filiation avec les radioamateurs). Lancée à Berlin en 2002, cette initiative vise à soutenir le développement de réseaux libres passant par les ondes. L'idée est de relier entre eux des routeurs wifi (avec des antennes artisanales, si nécessaire), à 30€ la pièce, branchés sur une fréquence libre et configurés avec un logiciel codé par les membres de Freifunk. L'accès au réseau local est gratuit et les membres possédant un abonnement auprès d'un fournisseur d'accès le partagent au profit de l'ensemble de la communauté. Les réseaux wifi communautaires s'étendent un peu partout dans le monde. Selon le hacker Cven, pilier du C-base, le hackerspace d'où est partie l'aventure, le but était de donner du réseau aux quartiers dépourvus d'ADSL. Le projet a même été dupliqué en Afrique du Sud, pour relier les zones rurales. Ses utilités ? Multiples. De l'organisation d'un système local protégé pour l'échange de fichiers à la diffusion live de la messe du dimanche pour les personnes à mobilité réduite.

Liquid Feedback
Liquid Feedback

Plateforme open source utilisée par le Parti Pirate allemand pour mettre en place la démocratie liquide. Développé par le Public Software Group en Allemagne. L'objectif est de développer un dialogue « interactif » en ligne où la plupart des décisions sont prises au référendum et où la base suggère à ses représentants les orientations politiques à suivre, plus qu'elle ne les subit. La différence avec la démocratie directe : le militant, ou l'électeur, peut transférer ses voix à quelqu'un de confiance qui s'y connaît mieux sur tel ou tel sujet, conserver ses voix pour d'autres thématiques de prédilection et retirer les voix déléguées à n'importe quel moment. Les critiques contre ce système algorithmique, que les Pirates veulent comme une nouvelle manière de débattre en temps réel et de capturer des idées nouvelles, commencent à se faire entendre. En juin 2012, les Verts reprochaient aux Pirates de s'emparer de leurs idées, de les tester avec leur Liquid Feedback sans développer de politiques cohérentes eux-mêmes.

The Pirate Bay
The Pirate Bay

Site web possédant une page Wikipedia plus longue que celle de Facebook. The Pirate Bay est un annuaire de liens magnets (et non plus de fichiers .torrents, comme c'était le cas avant 2012). Le rôle de ces liens : envoyer une information à votre logiciel BitTorrent qui va établir lui-même la connexion avec les pairs. Les informations ne sont donc plus concentrées dans un fichier sur le site. The Pirate Bay est revenu dans l'actualité récemment suite à l'arrestation de son co-fondateur Gottfrid Svartholm au Cambodge. Il est accusé de piratage de serveurs et de diffusion de milliers de numéros fiscaux de contribuables suédois. Depuis le mois d'octobre 2011, une décision de justice oblige certains fournisseurs d'accès belges à bloquer l'accès à The Pirate Bay (blocage DNS). En mai 2012, les tribunaux du Royaume-Uni ont également obligé six fournisseurs d'accès à bloquer The Pirate Bay. Toutefois, le blocage de Pirate Bay par adresse IP n'a pas encore eu lieu ni en Belgique ni au Royaume-Uni.

Propriété intellectuelle
Propriété intellectuelle

Il s'agit des droits légaux qui sont accordés à l'auteur ou à l'ayant-droit d'une création intellectuelle dans les domaines industriels, scientifiques, littéraires ou artistiques. La propriété intellectuelle se divise en deux champs :

- La propriété industrielle : les marques, les brevets, les dessins industriels, etc.

- Le copyright (concerne les oeuvres artistiques et littéraires) : « droits des artistes interprètes et exécutants, droits des producteurs de phonogrammes sur leurs enregistrements et droits des radiodiffuseurs sur leurs programmes ».

Objectifs :

- Selon la Constitution américaine, la propriété intellectuelle a pour but de faire avancer le progrès.

- Elle vise aussi à donner une « expression législative aux droits moraux et économiques des créateurs par rapport à leurs créations et aux droits du public par rapport à l'accès à ces créations ».

- Elle cherche à promouvoir la créativité et les investissements dans la création en offrant un incitant financier aux créateurs.

Critiques :

Bien évidemment, les opposants à la propriété intellectuelle sont nombreux et dépassent de très loin le cercle des Partis Pirates. Richard Stallman, le père de la Fondation du Logiciel Libre et du copyleft, estime qu'en mettant des concepts très différents dans le même sac (brevets et copryight, par exemple), le terme « propriété intellectuelle », qui ne serait utilisé que depuis les années 90, sert juste à brouiller les pistes. Daniel Levine a pour sa part contrecarré l'idée d'incitation financière à l'innovation qui serait permise par la propriété intellectuelle dans son livre « Contre le monopole intellectuel ».

DNS : Domain Name Server
DNS : Domain Name Server

Système qui permet de traduire les noms de domaines (www.mapage.net) en une adresse IP (Internet Protocol), c'est à dire un label donné à toute machine qui se retrouve dans un réseau informatique utilisant le Protocole Internet pour communiquer. Pour un ordinateur, il est beaucoup plus facile de traiter une adresse numérique afin de pouvoir rentrer en contact avec un autre. Mais pas pour l'homme, qui préfèrera des caractères, raison pour laquelle on a développé le nom de domaine, plus aisé à retenir, en 1983. La correspondance entre l'adresse www.mapage.net et son adresse IP (24.176.123.240, par exemple) s'effectuera dans un serveur spécialisé chargé de « résoudre » les noms de domaines. C'est le serveur DNS. Généralement, vous utilisez celui proposé par votre fournisseur d'accès, mais vous pouvez en utiliser d'autres également. Les adresses IP sont gérées au niveau mondial par l'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, qui agrée également les « bureaux d'enregistrement » des noms de domaine. L'ICANN suscite la controverse car elle est, en partie, sous la tutelle du gouvernement américain, alors qu'elle aurait du devenir indépendante en 2009.

Amesys, Qosmos, Bluecoat et cie
Amesys, Qosmos, Bluecoat et cie

Comme l'écrivait récemment le journaliste Jean-Marc Manach à propos des révoltes au Bahrein, le « Printemps arabe » tout entier est traversé par un paradoxe. Les activistes et défenseurs des droits de l'homme utilisent depuis le début les réseaux sociaux occidentaux comme canaux d'organisation et de diffusion, tandis que « leurs tortionnaires » les espionnent avec des « systèmes de surveillance »... eux aussi occidentaux ! Ce sont les investigations lancées par Telecomix, Reflets.info, OWNI.fr, Bloomberg, le Wall Street Journal ou encore les Spy Files publiés par Wikileaks en décembre 2011 qui ont permis de révéler l'ampleur de l'industrie de la surveillance. La France se distingue particulièrement, avec des firmes comme Amesys , qui a vendu à la Libye un équipement d'inspection du trafic internet (DPI) nommé Eagle (une opération appelée « Candy »), ou Qosmos, qui fait l'objet depuis novembre 2011 d'une plainte de la FIDH pour avoir indirectement vendu du « matériel de surveillance massive » à la Syrie. Les États-Unis ne sont pas en reste, au-delà de l'implication de Cisco Systems dans la mise en place du grand pare-feu chinois. Des proxys produits par la firme BlueCoat, apparemment détournés à partir de Dubaï, ont été repérés en Syrie par Telecomix et permettaient un filtrage du web à grande échelle. Et même les géants Nokia et Siemens s'y sont mis, en Iran, au Bahreïn, au Yemen, en Egypte, au Maroc et à Oman, via leur très controversée filiale Trovicor. Ces entreprises, qui s'abritent derrière la notion d'interceptions légales, n'orienteraient pas uniquement leur marketing vers des dictatures en quête de contrôle absolu mais également vers des services d'ordre occidentaux. Un projet d'installation d'un système de surveillance Eagle en France (nom de code : EAGDLP1101) serait d'ailleurs en chantier, selon Reflets.info.

Tor
Tor

L'anonymat sur Internet est-il encore possible ? La question a longtemps taraudé les lanceurs d'alerte, les activistes travaillant dans des pays où la surveillance est la norme, les policiers en enquête ou les journalistes désireux de sécuriser leurs sources. Certains particuliers peuvent également se demander comment garantir la discrétion d'un e-mail évoquant des problèmes personnels. TOR (en entier le Routeur en Oignon) se veut une solution pour nous permettre de naviguer caché.

1. Son objectif : cacher votre adresse IP et chiffrer vos communications en ligne sur une partie de leur trajet sur le net.

2. Comment ça marche ? TOR est à la fois un logiciel (téléchargeable gratuitement et distribué sous licence libre BSD) et un réseau constitué de relais (ou noeuds) maintenus par des volontaires partout dans le monde et qui fait rebondir des communications chiffrées. TOR va chiffrer vos communications plusieurs fois et les acheminer via un ensemble de relais sélectionnés au hasard. Si votre voisin Robert veut visiter le site d'un certain John, Tor va d'abord créer un tunnel crypté jusqu'au premier relais, puis un deuxième vers le second relais, etc. Chaque noeud va décrypter à chaque fois une couche d'information et passer au noeud suivant (d'où l'idée d'oignon). Les noeuds savent juste quel relais leur a donné l'information et à qui ils vont la transférer ensuite. Toutefois, les communications ne sont plus cryptées entre le dernier relais et la destination finale. Mais celui qui tente d'espionner cette partie là pourra certes se rendre compte du contenu du message mais ne pourra pas remonter jusqu'à l'émetteur.

3. Attention ! Tor n'est pas la panacée. Mal utilisé, il perdra son potentiel et ne vous défendra pas des malwares. De plus, il n'est pas impossible que le réseau soit attaqué et qu'on l'utilise à des fins néfastes (crime organisé, spam, vandalisme online).

DPI : Deep Packet Inspection
DPI : Deep Packet Inspection

En français, inspection en profondeur des paquets. Normalement, lorsqu'on envoie un e-mail, par exemple, le processus est le suivant : le message est divisé en paquets, et chaque paquet contient des indications sur la provenance et la destination du paquet. C'est ce que l'on appelle la couche 3 (sur 7) des données d'un paquet. Les machines ne consulteront que cette couche d'informations. Le juriste Jonathan Zittrain compare ce processus à une soirée « avec des gens polis » : « si vous êtres trop loin du bar, [...] vous demandez à votre voisin de vous faire parvenir une bière. Il demande lui-même à son voisin, etc. » La bière va revenir et, « comme tout le monde est poli, personne n'a bu dans votre verre durant l'opération. » Dans le cadre du DPI, c'est l'inverse : le contenu est fouillé en temps réel, bien au-delà de son entête, analysé, grâce à des machines placées dans certains recoins du net. Ainsi, en 2006, un ancien technicien de chez AT&T (géant des télécoms américain) dénonçait le placement d'un superordinateur produit par la firme Narus pour contrôler le trafic en temps réel au sein du réseau de la firme américaine. Cette tentative de surveillance proviendrait de la NSA. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner les conséquences de la vente de matériel de DPI pour des interceptions illégales (non commandées par un juge) à des régimes totalitaires (arrestations, liberté d'expression en berne, auto-censure, délation, etc.) voire même démocratiques.

Datalove
Datalove

Littéralement : l'amour des données. Prôné par Telecomix, à l'origine, il a gagné les coeurs de bien d'autres hackers. « Le Datalove c'est l'amour de la communication. Peu importe quel type. 'Laisse les données circuler ' ne veut rien dire d'autre que 'garder la communication en vie. ». Le Datalove est constitué de plusieurs principes qui, selon Telecomix, justifient leur combat pour la liberté d'information et la neutralité du net :

  • - Les données sont essentielles
  • - Les données doivent circuler
  • - Les données doivent être utilisées
  • - Les données ne sont ni bonnes ni mauvaises
  • - Il n'y a pas de données illégales
  • - Les données sont libres
  • - Les données ne peuvent être la propriété de quelqu'un
  • - Aucun homme, ni machine, ni système n'interrompra la circulation des données
  • - Verrouiller des données est un crime contre la « datanity » (« donnéité »)

Ces principes ont été critiqués comme ne prenant pas en compte le respect de la vie privée ou le regard critique envers ce que disent ces données. Les tenants du Datalove estiment quant à eux que c'est à l'utilisateur de réfléchir à deux fois avant de mettre un bout de sa personne sur Internet, ce réseau qui n'oublie pas. Quant aux contenus des données, ils en appellent, là aussi, à la responsabilité des individus. Restreindre la circulation de tel ou tel type de données est, selon eux, un déplacement de la solution. Il ne faut pas bloquer l'accès à un site pédophile ou néo-nazi mais bien le fermer réellement et remonter jusqu'à ses auteurs. Selon eux, le blocage n'est pas seulement inefficace, il peut aussi ouvrir la porte à une extrapolation du filtrage au-delà des contenus reconnus comme illégaux.

ACTA : Anti Counterfeiting Trade Agreement
ACTA : Anti Counterfeiting Trade Agreement

L'accord commercial anti-contrefaçon. Ses contours ont été imaginés aux alentours de 2007 et enterrés (sous cette forme, en tout cas) au début du mois de juillet 2012. ACTA était un traité supranational, impliquant de nombreux pays (Union européenne, Canada, USA, Australie, Mexique, Corée du Sud, etc.) et qui visait à établir des standards pour la mise en oeuvre des droits de propriété intellectuelle. La négociation du traité a été marquée par une incroyable opacité qui a non seulement inquiété des organisations comme l'EFF, la Quadrature du Net ou l'EDRI (European Digital Rights) mais également ulcéré certains parlementaires européens. Les mouvements d'opposition à ACTA ont souligné le risque posé par ses dispositions envers notre vie privée et la censure qu'elles pouvaient entraîner en ligne, tout en dénonçant l'impact des « intérêts privés » sur le texte. Loin de n'incarner que les addicts au téléchargement, les anti-ACTA regroupaient des avocats, et des activistes des droits humains. Au total, plus d'une centaine d'organisations s'étaient prononcées quelques jours avant le vote contre le traité. Trois comités du Parlement européen avaient émis un avis négatif, dont celui sur le Commerce International. Le 4 juillet, il était rejeté par 478 voix contre et 39 pour. Mais cela ne signifie pas qu'ACTA appartient à l'histoire, prévient Amelia Andersdotter, députée européenne pour le Parti Pirate. Karel De Gucht, le Commissaire européen au commerce, aurait suggéré qu'ACTA pourrait être réintroduit en 2015. Une semaine après le vote, un texte nommé CETA surgissait, concernant l'Union Européenne et le Canada. Surprise : il ressemble à merveille à son illustre cousin.

Script-Kiddiet
Script-Kiddie

Egalement appelé script bunny ou script kitty. Individu (généralement jeune) qui utilise des programmes ou des scripts préfabriqués pour attaquer des systèmes, entreprendre des DDOS (Attaques par déni de service, qui visent à rendre un site inaccessible en l'inondant de requêtes), ou d'effacer un site web (changer sa page d'accueil). Le script kiddie aspire généralement à être reconnu comme un grand hacker sans avoir la volonté d'apprendre pour le devenir. Les scripts kiddies ne sont pas non plus des crackers, l'intrusion dans des systèmes requérant des compétences poussées (même si l'acte n'est pas respecté par les hackers).

Lulz
Lulz

Forme dérivée de LOL (Laughing out Loud, rire aux éclats), mais dont le sens diffère. Lulz est un peu plus malicieux que LOL et dénote l'idée de rire aux dépens de quelqu'un. Selon le New York Times, le Lulz est « la joie de perturber l'équilibre émotionnel de quelqu'un d'autre. » Le terme aurait été créé par un certain Jameth, un administrateur de l'Encyclopedia Dramatica. Les Anonymous, friands de ce site web, l'auraient ensuite repris à leur compte. Le groupe LulzSec, qui a fait trembler pas mal d'autorités ces derniers mois, déclare ainsi que ses membres sont « les leaders mondiaux du divertissement de qualité à vos dépens ». Le lulz peut également être invoqué pour justifier une action : j'ai fait flamber la tondeuse pour le lulz, j'ai englouti une carte mère pour le lulz, j'ai transmis des photos d'Elio di Rupo déguisé en otarie pour le lulz.

Rop Gonggrijp
Rop Gonggrijp

Figure de la scène hacker. A la fin des années 80, cet informaticien néerlandais était perçu par son gouvernement et les États-Unis comme une menace majeure à la sécurité. Fondateur du magazine Hack-Tic, inspiré du célèbre 2600 : The Hacker Quartely, publié par Eric Corley. En 1993, Rop Gonggrijp fonda, avec d'autres membres de Hack-Tic, XS4ALL, le premier fournisseur d'accès internet pour les personnes privées aux Pays-Bas. Il participa à la mise en ligne de la vidéo Collateral Murder de Wikileaks en 2010. Gonggrijp demeure connu pour avoir démontré combien il était facile de hacker une machine de vote électronique. Ses recherches ont été prises au sérieux par le gouvernement néerlandais, qui revint en 2008 au vote papier. Dans le milieu hacker, on retient également une conférence Gonggrijp au Chaos Communication Congress. Intitulée We Lost the War, elle sonnait l'alerte face à la décomposition imminente de notions telles que la vie privée, les droits civiques ou le contrôle de ses données personnelles dans un internet de plus en plus contrôlé par les entreprises.